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La série de l'été... Vider son sac épisode 2 !

On continue de vider les sacs des copains auteurs, parce que d'abord ça évite qu'ils le vident au figuré, ce n'est pas le sujet ni l'exercice... 

Et puis parce que découvrir ce qu'il y a à l'intérieur d'une besace, d'un cartable (ça c'était pour Fanny la semaine dernière), d'un sac à dos - ça c'est pour notre héros du jour Hervé Bellec,- en dit bien plus long que toutes les confidences...

Avec Hervé de toute façon, pas de confidences ou alors en demi-teintes. Le monsieur est tout en retenue, il livre à peine quelques bribes mais toujours avec un petit sourire en coin et un humour qui fait pétiller ses yeux.

Derrière ses lunettes, il n'en pense pas moins et son arme d'assaut c'est l'écriture. Il faut lire "ses mots de billets", bijoux choisis aux titres doux amer : "un Bon Dieu pour les ivrognes", "le beurre et l'argent du beurre",  "demain j'arrête d'écrire", "une heure de sommeil en moins", "si c'est ma femme, je suis pas là", ou encore " je hais les dimanches".

Mais le monsieur n'a pas commis que du drôle... la tendresse, la poésie affleurent partout et je ne peux pas m'empêcher de vous livrer un petit extrait pendant qu'il a le dos tourné.

On est tranquille, à cette heure, à la fraîche, il marche sur la pointe du Cotentin, nous ne serons pas dérangés pour savourer ses lignes :

"Parfois j'ai envie d'arrêter d'écrire comme certains essayent de renoncer à la cigarette. J'y suis même parvenu il y a quelques années. Et ce, pendant de longs mois. Oh, bien sûr je péchais ça et là et de la manière la plus insidieuse qui soit. Normal. Une petite phrase bien léchée au milieu d'un courrier, quelques mots tapés à la sauvette dans un coin de l'ordinateur.

A la sauvette et cependant précieusement sauvegardés. Mais dans l'ensemble, je tenais bon. Je m'étais rangé de l'écriture comme d'autres des voitures. Et puis ce qui devait arriver arriva, j'ai rechuté. 

Arrêter d'écrire, une sacrément bonne résolution pourtant. Se débarrasser de cette sourde inquiétude de ne pas trouver le mot juste au bon moment et à la bonne place. Cesser de se demander si ce qu'on va écrire n'a pas été déjà mille fois écrit, si le livre qu'on veut publier vaut vraiment la peine qu'on abatte ne serait-ce que le plus rachitique des arbrisseaux. En un mot arrêter, d'embêter le monde...

Oui, c'est peu ainsi que je considère les choses au retour d'un énième salon du livre, d'une foire d'empoigne d'où je sors écrasé sous la masse de tous ces bouquins. Une chance, je traverse les monts d'Arrée au crépuscule. Arrivé presque au sommet, je me gare auprès de l'antenne de Roch'Trédudon et je sors de ma bagnole histoire de prendre un bol d'air. La brise est douce. A l'horizon, les dentelles de pierre sculptent des ombres chinoises sur un ciel ensanglanté et le Yeun Ellez s'est revêtu du voile pourpre des soirs de deuil.

Encore une fois, c'est différent. Encore une fois, c'est féérique. Et je me surprends à me demander comment je pourrais bien me débrouiller pour décrire ce paysage de la manière la plus juste et la plus personnelle qui soit..."

 "Demain j'arrête d'écrire", éditions Coop Breizh.

Dans le sac à dos d'Hervé, il y a ses mot cachés dans son carnet grand ouvert. Déjà. Sous le chapeau de paille, à côté de sa vaporette. (Rouge... n'importe quoi ) ! et de son impossibilité à arrêter de fumer, comme heureusement il n'a pas arrêté d'écrire. Il y a son dernier livre aussi.

Et bientôt, le jour de son anniversaire, le 15 septembre, ( je le sais on est du même jour, mais je ne lui ai jamais dit de quelle année;-), il y aura la réédition chez Géorama du bijou d'entre les bijoux : "Garce d'étoile".

Sa marche. Sur le Chemin. De la Bretagne à Saint Jacques de Compostelle... Si vous ne deviez n'en lire qu'un ce serait celui-là. 

il y a un avant et un après ce livre...

A la semaine prochaine nous viderons ensemble le sac de Nono, notre ami le caricaturiste...

Nathalie