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Entrer dans l'Histoire....

Certains Salons du Livre ont une dimension supplémentaire. Tel "le Refuge des Livres"... à Brouzils en Vendée dans un lieu porteur du passé qui a accueilli ce week-end chaud de juillet une petite centaine d'auteurs, dont une délégation bretonne.

J'avais la chance d'en être. 

Pourquoi une dimension supplémentaire ?

Car cette forêt profonde, hêtres et chênes, canopée dense laissant à peine filtrer les rayons du soleil fut pendant la Terreur, dès janvier 1794, le refuge de 2 000 Vendéens cherchant à échapper au massacre des "colonnes infernales" du général Turreau.

Vous entrez dans la douloureuse Histoire vendéenne...

Dans la forêt de Grasla... 

 L'endroit est impénétrable, sombre, propice à se cacher. Les loups rôdent. A peine quelques sentiers et quelques sources.

Les habitants des Brouzils y établissent un campement, une deuxième vie. Des cabanes de fortune, coiffées de branchages, toits de bruyères, les" Loges". La vie s'y organise. On a entassé dans des charrettes, avant l'arrivée des Bleus qui incendient les alentours, vêtements, quelques meubles, le peu de nourriture qu'on a pu subtiliser. Des vaches pour le lait, de quoi moudre de la farine. On y vit, on y prie, on y meurt, on y naît aussi dans l'hiver glacé (6 naissances, 38 baptêmes dans la chapelle improvisée, 20 décès). 

Dans la crainte et les bruits qui montent des villages voisins. 

Pendant que Louis Marie Turreau commande à ses troupes de faire table rase de tout se qui bouge en Vendée. 

Voici l'extrait d'une lettre qu'il adressa au Comité de Salut Public en janvier 1794 :

"J'entre dans la Vendée et j'y commence l'opération que j'avais projetée même avant d'être général en chef.

Mon intention est bien de tout incendier... (...) Le seul moyen est de disposer un nombre suffisant de colonnes qui embrassant le diamètre du pays et faisant une battue générale, purgeraient définitivement le canton qu'elles laisseraient derrière elles.

Cette promenade militaire sera bientôt finie ; on emploiera tous les moyens de découvrir les rebelles ; tous seront passés au fil de la baïonnette ; les villages, métairies, bois, landes, genêts et généralement tout ce qui peut être brûlé seront livrés aux flammes.

Il n'existera plus dans la Vendée, sous quinze jours, ni maisons, ni subsistance, ni armes, ni habitants (... )

On agira de même avec les femmes et les enfants (...) 

Je ne consulte point ma gloire ; l'intérêt public voilà mon guide. 

Ma conscience n'a rien à me reprocher et je ne doute point que vous ne rendiez justice à la pureté de mes intentions." 

Dans la forêt de Grasla, l'Histoire respire encore.

Les 2 000 Vendéens ont eu la vie sauve. Quand les Bleus décidèrent l'assaut, tout le monde s'était envolé. 

Et nous les auteurs de la délégation bretonne sommes sous ces fûtaies, heureux d'être ensemble et touchés par l'indicible émotion qui monte des lieux. 

Le supplément d'âme de ce "Refuge des Livres" hors du commun. 

Merci à ceux et celles qui l'organisent depuis 9 ans.

A bientôt

Nathalie