La dame des forges

Roman

Presses de la Cité - Collection Terres de France - 2006
Réédition Format : semi-poche 2011

Au milieu du XIXème siècle, Virginie, jeune héritière, est prise dans la tourmente des premiers mouvements sociaux et de l’amour…

La petite-fille d’Eylau de Kerviléon, impitoyable propriétaire des Forges d’Hennebont, a un destin tout tracé : devenir épouse et mère dans le respect de son rang. Mais sa vie va être bouleversée par sa rencontre avec un jeune métallurgiste, Adrien Le Guerno…

Chaque jour, la main-d’oeuvre afflue devant les portes de l’usine d’Hennebont. Depuis sa douzième année, Adrien est l’un de ceux qui, dès l’aube, affrontent le froid. Il a connu la suie des hauts-fourneaux et les taudis des faubourgs. Mais lorsqu’il découvre l’injustice des forges de Kerviléon, il décide de se battre et organise la première grève. Virginie n’a aucune idée de la misère à sa porte, de ce quotidien des « métallurgistes en sabots ». Son amour pour Adrien va lui ouvrir les yeux et, à l’heure de la révolte, la mettra aussi face à un terrible dilemme...

Aura-t-elle le courage de sortir de l’ombre et de se dresser contre sa propre famille pour devenir la Dame des Forges ?

Extrait
« Le four toussait. Plié en deux, torse nu, Gatien pointait le trou de coulée à venir, armé d’un ringard qui faisait pas loin de quatre mètres de long. Il conduisait le geste, aidé de cinq hommes, dont Adrien, qui tous suaient sous l’effort, la tension et l’exrême chaleur. Ils se taisaient, dans l’attente du moment où, sans perdre une seconde, il leur faudrait se mettre de côté pour ne pas risquer de voir la coulée les carboniser sur place. Les coups de boutoir du ringard se firent soudain moins insistants. Le four éructait. Gatien imprima un dernier mouvement et lança par dessus son épaule un « c’est bon ! » qui, aussitôt, fit s’écarter ses compagnons. Dans un jet de braises et d’escarbilles, le métal jaillit, illuminant les visages et les torses, luisant dans les prunelles. Un fleuve incandescent d’un jaune aveuglant se mit à couler dans le sol, en une gerbe d’éclaboussures scintillantes. L’air sentait la peau tannée. S’épongeant le front, les hommes regardaient « la gueuse », la coulée, investir la rigole, y prendre ses aises, s’apaiser et perdre de son premier éclat. L’or vira au pourpre. Le premier lingot de l’après-midi était prêt… »