• slide1

L'écriture de concert et... la Joie

A Jean d'Ormesson parti en ce matin du 5 décembre

Etrange de choisir cet extrait en ce jour de tristesse mais c'est l'image que cet écrivain de l'élégance nous laisse :

« La Joie : cette grâce venue d’ailleurs qui nous ravit au-dessus de nous mêmes ».

Egarés que nous sommes.

Jean d’Ormesson  Guide des égarés Gallimard

La solitude de l’écrivain est une réalité que l’on bouscule plus ou moins. Certains la recherchent avec avidité, vivent en ermite assumé, rien que pour leur art, consciencieux, disciplinés, soumis. Et puis, il y a les autres, j’en suis, les désordonnés de l’écriture, qui ne s’y mettent pas chaque jour, qui dès la première occasion, saisissent la tangente, s’échappent, s’envolent, s’éclipsent et pourtant ne pensent qu’à écrire, ruminent contre eux-mêmes, s’en veulent mais retardent tout de même. Voire se retranchent derrière la phrase de Marcel Proust, si commode de déculpabilisation :

« Ce sont nos passions qui esquissent les livres, le repos d’intervalle qui les écrit… »

Aussi pour être certain(e) de ne plus bouger, de se tenir à sa table de travail, de s’immerger enfin sans tentation de lever la tête, existe l’astuce suprême.

Heureusement.

Il suffit de ne pas travailler tout seul !

Mais pour cela nécessité d’avoir des amis auteurs aussi turbulents, animés de la même nécessité de partager et/ ou de la crainte du vide ;-) et d’une maison hors du monde.

Et à partir de là, ouf !

Lorsqu’on travaille de concert, sur une même table mais ordinateurs séparés, pas question de se faire la belle alors que l’autre écrit. On a son orgueil tout de même ! Donc, par un phénomène naturel, l’auteur ami devient un auteur garde-chiourme, garde-fou. Et réciproquement.

Et l’on écrit.

Fou ce que soudain l’énergie se communique. On n’éprouve plus la tentation de s’envoler, puisque les mots le font pour nous. L’écriture arrive en rafale, prend de court et porte en elle… une Joie indicible.

La Joie.

Mais pourquoi avoir attendu si longtemps pour s’y remettre ?

La procrastination ne serait-elle pas finalement une empêcheuse de... Joie ?

Nathalie